Faites-vous partie de ces acteurs éducatifs qui ont le souci de mieux comprendre les relations humaines à travers une meilleure connaissance de l’autre et de son fonctionnement ?

La formation d’éducateurs spécialisés (et autres moniteurs-éducateurs, enseignants…) nous apprend un certain nombre de théories et d’éléments qui sont centrés sur la relation à l’autre, sur la compréhension des mécanismes de la relation humaine, sur comment agir face à telle ou telle situation dans la bientraitance et le respect des personnes que l’on accompagne.

J’ai récemment fait un petit sondage sur le groupe FB : “Educateur : un être au coeur de la relation (Le Groupe)” que j’anime, demandant ce qui tenait le plus à coeur mes collègues. Il s’avère que le côté altruiste : tout ce qui peut permettre de mieux comprendre l’autre et les relations humaines a obtenu 1/3 d’intérêt en plus que le fait de mieux se comprendre et se connaître soi, et de mieux comprendre le fonctionnement global de la nature, de l’univers, de l’humain.

Pendant des années, j’ai été tiraillée entre ma passion du développement personnel, l’accompagnement individuel voire la spiritualité et celle de continuer à oeuvrer dans le milieu de l’éducation spécialisée pour permettre à mes collègues de mieux comprendre l’enfant et l’adolescent, pour les accompagner en les prenant en compte dans leur globalité, pour développer une vision globale de l’humain à l’instar de la vision linéaire que nous sommes trop enclins à avoir développée. Avec ce but ultime de contribuer à accompagner les jeunes en les accueillant et en les respectant dans leur singularité et en leur permettant d’être pleinement eux et non plus des êtres en réaction ou suradaptés à une autorité.

Et chemin faisant, je trouve ma voie. Elle se précise. Et en réalité, pourquoi choisir ? Pourquoi séparer les deux ? Pourquoi faire comme si le développement personnel était indépendant de l’éducation, et plus spécifiquement du métier d’éducateur spécialisé (ou de tout autre acteur éducatif) ? Car tout est lié. Et finalement, le point central dans tout ça est la posture, l’état d’esprit et le regard que l’on va adopter sur les gens, les relations, les événements.

Mieux comprendre l’autre ne peut, selon moi, se dissocier d’un cheminement personnel, d’une exploration de sa propre intériorité, d’une compréhension des mécanismes qui s’opèrent pour nous en premier lieu et de ce que la nature nous offre à voir qui est interconnecté avec qui nous sommes. La théorie c’est bien, l’appliquer aux autres pourquoi pas… mais commencer par expérimenter soi-même, dans une reliance avec notre nature, n’est-ce pas là la meilleure école ?

Je vous propose de découvrir 5 points qui, à mon sens, sont essentiels à prendre en compte lorsque l’on veut mieux comprendre les autres. Et pourquoi le développement personnel et apprendre à mieux se connaître est une étape qui permet bien plus facilement de comprendre les autres et est donc à mes yeux un point clé des relations humaines.

 

1 – MIEUX ME CONNAÎTRE


Mieux comprendre autrui implique mieux comprendre le fonctionnement de l’humain, ses mécanismes intérieurs en lien ou non avec l’environnement. Et quel premier humain sinon moi est le meilleur terrain d’expérimentation pour s’exercer, pour sentir, pour percevoir, pour identifier, pour faire des liens…

Si je veux mieux comprendre les autres, je peux déjà choisir de faire le pas de commencer à me comprendre, à me connaître, à me (re)découvrir. Comprendre pourquoi je réagis de telle ou telle manière, ce qui déclenche mes émotions, comment je les régule ou pas, comment mes croyances vont influencer ma manière d’être ou pas en relation, comment mon histoire va venir influencer mes décisions éducatives, etc.

Si je ne veux faire qu’accompagner l’autre sur son chemin dans une relation d’aide, sans être passé par une certaine introspection, je risque d’être influencé par mes propres représentations, par des intentions non clarifiées, par une vision des émotions tronquée, par mes croyances limitantes… et cela va interférer dans la relation avec l’autre et dans la représentation qu’il pourra avoir de lui-même et de la vie.

Rien de grave en soi, c’est humain et on ne blâmera personne de cela. Seulement, la relation humaine va bien au-delà que des comportements, elle est le fait des histoires de chacun et de leurs interactions. Et tout le reste qu’on ne voit pas. Donc avoir un minimum de conscience de soi, c’est plutôt un plus !

Il ne s’agit en aucun cas d’être un moine Bouddhiste (encore que c’est sans doute une stigmatisation de ma part) et d’être en parfaite conscience en permanence. Juste d’être dans une démarche de conscience de soi. Qui se fait par l’expérience, par la présence à soi et au monde, par la conscience de notre responsabilité ou encore par un amour de nous-même notamment.

2. TOUT EST INTERACTIONNEL

Si je veux mieux comprendre les autres, je dois aussi comprendre que nous fonctionnons de manière interactionnelle et que s’il y a des éléments que l’on peut mesurer et quantifier dans une relation (ce qui se dit, ce qui se fait, ce qui se pense, ce qui s’agit, …), il y a aussi un tas d’éléments impalpables, invisibles qui entrent en ligne de compte et qui ont un impact non négligeable sur ce qui va se passer entre deux individus.

Une interaction est, selon le Larousse, une “Action réciproque qu’exercent l’un sur l’autre deux ou plusieurs systèmes physiques“. En d’autres termes, on n’existe pas sans l’autre et nos relations se font en agissant les uns sur les autres. Autrement dit encore, les relations se créent par les échanges qui existent entre au moins deux personnalités, histoires, énergies.

Jacques Salomé parle de l’Echarpe relationnelle : dans une relation, il y a 3 “entités”. Toi. Moi. La relation.
J’ai à prendre soin de mon bout de l’écharpe. Tu as à prendre soin de ton bout de l’écharpe. Et entre nous, il y a tout ce que l’on va créer ensemble et tout ce qui va constituer la relation.

On en revient ici au point 1 qui invite à mieux se connaître pour justement nous remettre à notre bout de l’écharpe et clarifier notre manière d’être en relation, de recevoir les messages de l’autre, etc. La plupart du temps, notre manière d’être en relation est plutôt chargée d’un tas de préjugés, d’idées reçues, de blessures, de méconnaissances qui nous demandent de l’énergie et qui ne sont pas nécessairement favorables à des relations constructives et pacifiées. Et il peut être vraiment important pour nous et pour l’humanité d’ailleurs de  ré-apprendre à communiquer, à reprendre notre responsabilité et notre pouvoir personnel dans la relation, d’accepter l’autre dans ce qu’il est, etc.

Et si on veut aller plus loin, plus j’ai une conscience de mes perceptions fine, plus je peux identifier facilement qui j’ai en face de moi, ce qui est en train de se passer au sein de la relation, dans quels jeux je suis embarqué et donc les éviter, etc. Nous sommes notre premier outil, c’est tellement essentiel et j’ai à coeur de réfléchir à comment le remettre aux premières loges !

3. MIEUX COMPRENDRE LE MONDE, LA VIE

Mieux comprendre les autres nécessite de mieux comprendre l’humain. Et l’humain fait partie d’un tout, d’une nature qui a des lois et desquelles nous ne sommes pas indissociables. Les cycles de la vie, de la nature mais également biologiques de l’humain ; les neurosciences ; la physique quantique (du moins ce que l’on en connaît et comprend aujourd’hui…)…

Dans le sondage dans lequel je parle, cet intitulé a recueilli presque la moitié moins d’intérêt que le fait de mieux connaître l’autre. Certes, à première vue, la nature et l’univers ça peut paraître un peu abstrait et loin de nos préoccupations d’humain. Et moi la première, cette prise de conscience n’est pas tellement si lointaine, tant j’ai été déconnectée de cette réalité qui est là juste devant nous, en nous, au quotidien, en permanence.

Nous reconnecter à la nature, à ce qu’elle a à nous apprendre, à sa magie, à ce qu’elle nous offre en permanence, à ses leçons… faire le lien entre notre monde intérieur et le monde extérieur… avec nos sens… Nous reconnecter à cela peut nous ouvrir bien des portes.

Notre civilisation est obsédée par la réussite, la performance… en mode survie peut être : il faut de l’argent… pour manger et se loger… être reconnu, aimé… seulement on a déjà tout et la nature nous donne tout contrairement à ce que certains pseudo grands-penseurs voudraient nous laisser entendre que la nature est contre nous (WTF). Quoi qu’il en soit, on surinvestit notre mental, la connaissance, le savoir, la soit-disant vérité. On valorise l’intellectuel en dénigrant l’intuitif, se sensitif et parfois même le manuel qui ont pourtant au moins tellement autant d’importance !!

Aujourd’hui, les neurosciences – même si ça n’en est qu’à (presque) ses début – ont également énormément à nous apporter sur les mécanismes humains. Ne pas les prendre en compte dans nos métiers est selon moi une pure méconnaissance qui mérite urgemment d’être rectifiée.

Bref, je m’égare. Tout cela pour dire que renouer avec les lois de la nature est également un excellent moyen de mieux nous comprendre et mieux comprendre l’autre… du moins nous relier, vraiment à lui.

4. CREER UNE RELATION OU AVOIR RAISON ? 

Marshall Rosenberg, qui est le père de la Communication Non Violente, nous invite à nous poser cette question : préférez-vous être heureux ou avoir raison ?

Nous réfléchissons, analysons, faisons un tas d’élaborations au quotidien pour comprendre les autres, leurs comportements, le pourquoi du comment. On diagnostique, on évalue, on étiquette. Pour nous rassurer ? Pour avoir l’impression de maîtriser quelque chose ?

Alors oui, parfois c’est pertinent. Mais honnêtement, combien de fois êtes vous passé à côté d’un moment d’intimité relationnelle parce que vous étiez dans l’analyse, dans le mental, dans la réflexion pour mieux comprendre l’autre.

Et combien de fois êtes vous simplement là. Présent. Avec l’humain qui est en face de vous ?

Personnellement, c’est à partir du jour où j’ai arrêté de vouloir tout comprendre et tout analyser (malgré toutes mes bonnes intentions), et où je suis vraiment allée en profondeur en moi-même, que j’ai commencé à vraiment pouvoir Être en pleine présence, sans attente, juste là et à instaurer des relations profondément qualité.

5. CHACUN SON CHEMIN

Mon chemin n’est pas celui d’un autre. Ma vérité n’est pas celle d’un autre. Il serait donc illusoire et présomptueux de considérer que parce que je suis parvenu.e à tel résultat en prenant cette voie, il en sera de même pour les autres. Oui, mon chemin pourra en inspirer. Oui, il se peut que je rencontre des personnes qui sont sur un chemin similaire et qui pourront être guidés par ma propre expérience. Mais il y en a d’autres pour qui la voie peut être radicalement différente pour leur permettre de mieux se comprendre et se connaître.

Je parle ici de moi, et de ce blog ou de ce que je peux partager de manière générale. Mais cela s’adresse à tout un chacun dans ce qu’il veut transmettre à autrui.

 

QUEL PREMIER PAS POSSIBLE POUR ALLER VERS PLUS DE CONSCIENCE ? 

La première chose que j’aurais envie de vous proposer de faire, c’est de mesurer à quel point nous sommes acteurs et actrices de nos vies, de nos choix. Nous avons énormément de ressources en nous, de compétences personnelles et nous sommes notre premier outil si tant est que nous parvenions à nous reconnecter avec nous-mêmes.

Les outils, les théories, les apports extérieurs sont importants et ils sont faits pour que l’on s’en détache à un moment donné. Pour constituer notre propre boîte à outils. Progressivement.

Et pour ceux qui le veulent, je vous invite à aller fouiner un peu sur le net (Lilo/Google : citations) pour aller découvrir des citations qui vous parlent, qui font sens pour vous, qui pourraient vous accompagner sur le chemin de votre connaissance de vous-mêmes… pour accompagner avec plus de conscience… et contribuer au monde.

Parce que oui, tout est interconnecté.