Parlons punitions ce soir… ou plutôt en quoi elle est pernicieuse et empêche à l’enfant de s’approprier les responsabilité de ses actes en cherchant comment faire autrement…

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Un exemple pour parler concret :

Pamela a 10 ans. Elle est placée depuis mi juin. Assez triste, renfermée sur elle même, besoin d’affection, de reconnaissance, dévouée, estime d’elle peu élevée, difficultés scolaires l’année dernière, …

 Il y a deux semaines, Pamela est rentrée des cours sans son cahier de devoirs : 3 pages “Je ne dois pas oublier mes cahiers à l’école” et un coucher à 20h.

La semaine dernière, Pamela rentre des cours. Elle exprime un besoin de souffler avant de faire ses devoirs. Elle joue un peu, et vient le moment où je lui demande d’aller faire ses devoirs. Elle ne veut pas, boude tout en restant ouverte. Je lui offre deux options et après une hésitation choisit de venir les faire tout de suite et me demande de l’accompagner.
Elle sort son agenda et me dit qu’elle n’a pas son cahier car sa maîtresse l’a gardé pour faire des corrections. Je lui exprime ma surprise du fait que sa maîtresse lui donne des devoirs tout en gardant le support de travail. Mon hypothèse est qu’elle n’ose pas me dire la vérité. Je la questionne sur un éventuel oubli, elle nie. Je lui dis donc, avec le plus de douceur et de respect possible, au bout de quelques minutes, que je vais donc informer sa maîtresse sur son agenda (que nous devons signer chaque jour pour vérification) que la jeune fille n’a pas pu faire ses devoirs dans la mesure où elle a gardé son cahier. Pamela se renferme, souffle et son discours qu’elle maintient se fait plus fragile. Pamela sort une feuille et commence à copier
“Je ne dois pas…”. Je l’arrête tout de suite, lui expliquant que mon attente n’est pas qu’elle copie des lignes. Ce qui m’intéresse, c’est qu’elle puisse faire ses devoirs le soir et surtout qu’elle se sente suffisamment en confiance avec nous pour nous dire son oubli et voir ensemble si on peut éventuellement l’aider à y penser. Il faudra plus de 15 minutes à Pamela pour réussir à me dire, en baissant les yeux : “Oui, j’ai oublié mon cahier”. Okay ! Chouette, Pamela, merci pour ta confiance !

 Ce qui a suivi :
– Quelle solution as-tu pour tes devoirs ?
– Est-ce que tu as besoin d’aide pour penser à bien prendre les affaires dont tu as besoin le soir pour tes devoirs ? Si oui, qui peut t’aider ? Comment ?

>> Pamela a fait ses devoirs grâce au cahier d’une copine qui est dans la même classe.
>> Pour le moment, elle n’est pas en demande d’aide mais sait que si elle en a besoin, elle peut ouvertement venir en demander.
>> Pas de punition : ni coucher plut tôt, ni copie de lignes.
 >> Le lendemain, elle est venue me voir, en souriant et en me montrant qu’elle avait pensé à prendre son cahier pour faire ses devoirs : encouragement + reconnaissance de ma part.

La punition a engendré non pas un investissement de Pamela sur “Penser à prendre mes affaires pour faire mes devoirs” mais la mise en place d’une stratégie (l’évitement et le mensonge ici) pour ne pas être punie. Son énergie était dépensée à trouver et appliquer une stratégie (qui a duré de la phase “J’ai besoin de souffler” à la validation de son oubli, donc assez longue) pour éviter le problème et non le régler (ça nous a pris 5 minutes pour en parler et bien moins d’énergie). Et il se peut que Pamela ait expérimenté un état interne bien inconfortable entre ces deux étapes.

 

A toutes les personnes qui pensent que punir est la seule manière de donner des limites à un enfant et qui ne comprennent pas comment faire autrement, ceci est un exemple (parmi d’autres) d’une attitude (parmi d’autres) qui peut être mise en place pour réellement être en lien avec son enfant et l’aider à grandir.

Il ne s’agit pas ici de mettre des limites, en effet. Mais de donner des permissions :
 – La permission de faire des erreurs (faire une erreur n’est pas fauter, c’est expérimenter et apprendre la vie)
– La permission de le dire
– La permission de demander de l’aide
– La permission d’être soi-même
Et sans doute bien d’autres d’autres…

 

Je reviendrai vous parler de l’expérience de Milgram à ce sujet…