Bon nombre de professionnels ont tendance à essayer de raisonner un enfant lorsqu’il se met en colère. Ils le sollicitent ainsi pour avoir une explication, l’aider à comprendre ce qui se passe pour lui, le calmer.
Au moment d’une émotion intense, le cerveau de l’enfant est “sous stress” et il lui est alors compliqué de parvenir à raisonner. Il est en prise directe avec le cerveau émotionnel et ses capacités de réflexion sont très minimes.
Une intervention adaptée peut être de l’accompagner dans l’émotion qu’il vit, de la valider, ou simplement d’être à ses côtés pour le soutenir de votre présence.Image

Un exemple :

Jules, 10 ans, un enfant angoissé et exprimant difficilement d’autres émotions que la colère, est heureux de retrouver sa maman ce soir, chose qu’il attendait avec une très grande impatience depuis plusieurs jours. Il apprend 20 minutes avant l’heure prévue de son arrivée qu’il ne pourra pas la voir, à cause d’un malentendu organisationnel.

Sa première réaction est de se révolter tout en essayant de se contenir.

Je l’invite à m’accompagner dans le bureau afin de l’aider à surmonter ce moment douloureux pour lui, et à l’écart du reste du groupe, ayant anticipé l’intensité de sa colère. Pendant 30 minutes, Jules exprime sa colère avec force, avec rage. Il tape dans la porte, dans le mur.
Je suis présente et reste à ses côtés. Je lui permets d’exprimer sa colère dans un cadre sécurisé (interdit de se faire mal, de me faire mal et de détériorer le matériel mais il peut taper dans le coussin autant qu’il veut et tant qu’il en a besoin). Je valide son émotion (“Tu dois être vraiment en colère d’apprendre cette nouvelle, en plus si tard, tu avais tellement envie de la voir”).

Au bout d’une demi-heure, les larmes coulent, Jules s’effondre en sanglots et pleure pendant 10 minutes. Je suis toujours présente à lui et je valide à nouveau l’émotion qu’il est en train de vivre.
Une fois la tristesse reconnue et exprimée, le visage de Jules est détendu. Il se sent capable de téléphoner à sa maman. La conversation est posée et le dialogue possible. Jules a accédé à son émotion authentique, la tristesse, qu’il avait dissimulée derrière un sentiment “parasite”, la colère.

Le constat qui est fait au fil de cette soirée est que Jules a rarement été si détendu et posé en soirée. Les éducateurs du lendemain, sans savoir ce qui s’était déroulé exactement la veille, on remarqué avec surprise un visage plus apaisé et une attitude plus ouverte.

Si j’avais tenté de raisonner Jules (ce que j’ai tenté de faire pendant la phase de colère car je me sentais mal à l’aise -c’était mon malaise, ça m’appartenait – mais que je me suis rapidement résignée à faire), d’une part ça n’aurait rien donné, Jules n’étant pas en mesure à ce moment là de mettre des mots et du sens sur son ressenti puisqu’il était en plein dans l’émotionnel. D’autre part, *mon* attente à ce moment là de le calmer et de le raisonner ne lui aurait pas permis d’accéder à son sentiment “authentique”, la tristesse. Il n’aurait donc pas pu la ressentir ni l’exprimer et serait resté sur une émotion de colère.